Stefan Markovic

Photo : Archive privée

Stefan Markovic, né en 1988, est un journaliste d’investigation serbe qui possède plusieurs années d’expérience dans le domaine du journalisme. Il travaille actuellement au Centre de journalisme d’investigation de Serbie. Sa plume talentueuse a été publiée dans des revues renommées telles que Polja, Gradina, Treš, ainsi que dans le quotidien Politika et dans Nedeljnik. En 2022, Stefan Markovic a publié son premier roman intitulé, Le défunt de seconde zone, aux éditions LAGUNA, qui a été honoré du prix Miroslav Josic Visnjic du meilleur premier roman.

Le défunt de seconde zone

Le jour de ses funérailles, Petar Petrović, surnommé le Fusil, prit la décision la plus importante de sa vie – il s’était résolu à ne pas finir six pieds sous terre.

Tout avait commencé ce matin-là, ne se souvenant plus de l’instant précis de sa mort, encore à se demander s’il était décédé deux ou trois jours plus tôt. Il faut admettre qu’il lui était difficile de retrouver ses esprits dans l’intérieur sombre et étroit de la chambre froide de la morgue de la ville. Il savait seulement qu’il avait eu une crise cardiaque pendant la répétition d’une pièce, dans laquelle il jouait le rôle insignifiant d’un soldat qui n’avait que deux répliques et un coup de feu à tirer.

C’était donc une journée de travail, songea le Fusil. Dommage que je n’aie pas pu profiter du week-end.

Le Fusil a laissé derrière lui sa femme, un fils âgé de vingt-trois ans, ainsi qu’un emploi à plein temps d’acteur à temps partiel au Théâtre national, où pendant des années, il avait interprété des rôles insignifiants qui consistaient principalement à tirer à blanc avec les accessoires du théâtre, ce qui lui avait valu son surnom. Il avait également eu deux petits rôles dans des séries – où il avait également manié l’arme – et dans une publicité pour un thé médicinal à base de chou.

Pour un hypocondriaque de quarante-six ans qui paniquait au moindre signe de grippe, le Fusil avait plutôt bien accepté sa mort. D’une part, il ressentait le soulagement que l’on éprouve après l’extraction d’une dent, car il n’avait plus à craindre la douleur ou les tracas qui précèdent l’opération ; ce détail était réglé. D’autre part, sa fin signait celle de tous les tourments de la vie – les disputes, la course à l’argent, les humiliations – et, par ailleurs, le Fusil était l’une de ces personnes qui acceptaient leur sort sans broncher, aussi défavorable qu’il puisse être. Il savait toujours où était sa place.

Quand faut y aller, faut y aller. La mort – c’est la mort. Ce n’est pas à moi d’en faire tout un plat, se dit le Fusil. Je suis maintenant mort, et les morts se doivent de rester couchés, se taire et ne pas se faire remarquer.

Traduit du serbe par Zivko Vlahovic

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